« Sans les pensées, les mots ne vont jamais au ciel… »
Shakespeare (Hamlet)
L’expertise a un coût…
Le moteur d’un navire géant était en panne et personne n’arrivait à le réparer. L’armateur a donc engagé un ingénieur mécanicien, qui avait plus de 30 ans d’expérience. Celui-ci a inspecté le moteur très minutieusement, de fond en comble. Après avoir tout examiné, il a vidé son sac, et en a sorti un petit marteau. Il a frappé doucement à un endroit précis. Et soudain,, le moteur a repris vie. Le moteur était enfin réparé !
Une semaine plus tard, l’ingénieur a envoyé à l’armateur la facture du coût total de la réparation du navire géant. Elle s’élevait à 20 000 $.
« Comment ?! » s’est exclamé l’armateur. « Il n’a presque rien fait… ». Sur ce, il réclama donc une facture détaillée de l’intervention.
L’ingénieur lui répondit : « Détail de la réparation : Frapper avec un marteau : 2 $. Savoir où frapper et avec quelle force : 19 998 $.»
D’où l’importance d’apprécier l’expertise et l’expérience… Elles sont le fruit de luttes, d’expérimentations et même de larmes. Si je fais un travail en 30 minutes, c’est parce que j’ai passé 20 ans à apprendre à le faire… L’expertise se paye en années, pas en minutes !
Auteur inconnu


« Je ne crois pas qu’on puisse introduire dans l’âme d’un homme des pensées qui n’y sont pas déjà virtuellement. En général, la disposition au bien y est comme une matière inflammable. Mais elle ne prend feu ou ne s’embrase bien que grâce à la flamme ou l’étincelle venue du dehors, propagée par un autre homme. Il arrive aussi que notre lumignon, sur le point de s’éteindre, est ravivé par l’action d’autrui.
Nous sommes donc tous redevables à ceux qui ont allumé un flambeau en nous. Si nous les avions là, ces bons génies, si nous pouvions leur raconter quand et comment ils ont été des instigateurs, ils seraient bien étonnés d’apprendre tout ce qui de leur vie a passé dans la nôtre.
De même aucun de nous ne se doute de l’action qu’il exerce sur autrui et de ce qu’il donne. C’est un mystère pour nous, et il doit le rester. Parfois il nous est permis de l’entrevoir pour que nous ne nous découragions pas. L’action de la force est mystérieuse. »
- Albert Schweitzer, médecin, philosophe et musicien alsacien, « Souvenirs de mon enfance », 1951, chap. 7
Desiderata (adaptation personnelle)
Va tranquillement parmi le vacarme et la hâte, et souviens-toi de la paix qui peut exister dans le silence. Sans aliénation, vis autant que possible en bons termes avec toutes personnes. Dis doucement et clairement ta vérité et écoute celle des autres, même le simple d’esprit et l’ignorant ont eux aussi leur histoire. Evite les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l’esprit. Ne te compare à personne, tu risquerais de devenir aigri ou vaniteux. Il y a toujours plus grand et plus petit que toi. Jouis de tes projets aussi bien que de tes accomplissements. Sois toujours intéressé à ta carrière, aussi modeste soit-elle, c’est une véritable possession dans les prospérités changeantes du temps. Sois prudent dans tes affaires, car le monde est plein de fourberies. Mais ne sois pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe, nombreux sont ceux qui cherchent de grands idéaux, et partout la vie est remplie d’héroïsme. Sois toi-même. Surtout n’affecte pas l’amitié. Non plus ne sois cynique en amour, car il est en face de toute stérilité et de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe. Prends avec bonté le conseil des années, en renonçant avec grâce à ta jeunesse. Fortifie une puissance d’esprit pour te protéger en cas de malheur soudain. Mais ne te chagrine pas avec des chimères. De si nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude. Au-delà d’une discipline saine, sois doux avec toi-même. Tu es un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles. Tu as le droit d’être ici. Qu’il te soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il devrait. Sois en paix avec Dieu, quelle que soit ta conception de lui et quelles que soient tes peines et tes rêves, garde dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans ton âme. Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. Sois positif et attentif aux autres. Tâche d’être heureux. - Max Ehrmann, 1927

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Ce matin, j'ai cueilli une rose dans mon jardin. Je l'ai prise en photo et vous offre en même temps ce texte extrait de mon livre, Une lune pour des millions d'étoiles - 108 enseignements et analogies pour le Kali-yuga.
☼ 16 La rose
Ce n’est pas sous l’action d’une loi physique aveugle qu’une rose acquiert peu à peu la forme, la couleur et le parfum qui concourent à sa beauté. En effet, une conscience parfaite se trouve à l’arrière-plan et, sans elle, la rose ne pourrait s’épanouir d’une manière aussi régulière et harmonieuse. Par croisement de deux roses différentes, l’homme parvient à son tour – avec des résultats incertains - à créer une nouvelle variété. Si une intelligence, celle de l’homme, se trouve à l’origine de cette rose nouvelle, pourquoi, derrière la rose originelle, n’existerait-il pas une intelligence supérieure ? Et d’où vient l’intelligence qui inspire à l’homme la manière de s’y prendre pour créer ?
Dans les musées et expositions, on peut contempler des œuvres dédiées à la nature. Les meilleurs artistes peignent des fleurs presqu’aussi belles que les vraies. Presqu’aussi belles… Et pourtant, les visiteurs, en admiration devant une toile, feront plus volontiers l’éloge de la rose peinte par l’homme. Et s’ils louent son talent, ils ignorent, la plupart du temps, celui de l’artiste originel qui a créé la rose ayant servi de modèle !
« Comprends que tout ce qui est opulent, beau et glorieux, jaillit d’une simple étincelle de Ma splendeur ». Bhagavad-gītā 10.41

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« La plus belle métaphore du monde »
Lorsque j’étais interne au collège, j’avais pour professeur de français une vieille demoiselle, Mlle Duvernay, qui essayait de partager avec nous son amour pour la littérature et la langue française. Je n’étais pas très fort en conjugaison et en grammaire, mais j’avais un penchant pour la poésie et l’expression écrite. C’était un temps où les professeurs jouissaient du respect et de l’autorité que leur conférait leur savoir, ce qui ne nous empêchait pas, comme tous les gamins de notre âge, de chahuter ou de faire les pitres... Avec elle c’était tout différent. Peut-être plus à cause de la douceur de son caractère que de son âge, nous la respections et étions la plupart du temps attentifs au cours, ce qui était loin d’être le cas de ceux du prof d’allemand ou de musique, que nous avions réussi à faire craquer et même une fois pleurer, tels les cruels garnements que nous étions ! Bref, en cours de français, je coulais des jours heureux, encore insouciant et rêveur. Les moments les plus appréciés – et craints par les cancres, étaient bien entendu, comme pour toutes les matières, ceux où les professeurs rendaient les copies corrigées des interrogations écrites. En ce temps, on commençait par les moins bonnes, pour finir par les meilleures… Outre la fierté d’entendre son nom cité dans les derniers - ce qui était l’assurance d’avoir une bonne, voire une très bonne note, la suprême satisfaction pour l’auteur était d’écouter sa rédaction lue par le professeur… Je reconnais avoir souvent fait partie de ces chanceux, ce qui compensait les continuelles débâcles que je subissais dans les cours de math moderne ! Un jour, Mademoiselle Duvernay nous révéla son admiration pour ce qu’elle qualifiait de « la plus belle métaphore du monde »… Quelques années après, à l’âge de 19 ans, j’ai voulu lire « La légende des siècles » de Victor Hugo. Je me souviens avoir retrouvé avec émotion ce passage. Voici l’extrait de « Booz endormi », à la fin duquel je vous laisse découvrir, si vous ne la connaissez pas, cette fameuse « plus belle métaphore du monde »… On remarquera au passage, dans ces sublimes envolées poétiques du grand Victor, que « le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand…" éloge à la sagesse d’antan dont malheureusement bien peu ont aujourd'hui hérité ! Et « On voit de la flamme aux yeux des jeunes gens. Mais dans l’œil du vieillard, on voit de la lumière »… Voici donc « Booz endormi » : Booz s'était couché de fatigue accablé ; Il avait tout le jour travaillé dans son aire ; Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ; Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé. Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ; Il était, quoique riche, à la justice enclin ; Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ; Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge. Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril. Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ; Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse : - Laissez tomber exprès des épis, disait-il. Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques, Vêtu de probité candide et de lin blanc ; Et, toujours du côté des pauvres ruisselant, Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques. Booz était bon maître et fidèle parent ; Il était généreux, quoiqu'il fût économe ; Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme, Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand. Le vieillard, qui revient vers la source première, Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière. Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ; Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres, Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ; Et ceci se passait dans des temps très anciens. …/…… et Ruth se demandait, Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles, Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été, Avait, en s'en allant, négligemment jeté Cette faucille d'or dans le champ des étoiles. »



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Lamartine et les Vedas (1ère partie) Il y a deux cents ans, Alphonse Lamartine est venu en Savoie. Au cours de sa cure dans la ville thermale, il rencontra l'amour et écrivit "Le Lac", l'un de ses plus beaux poèmes. A 26 ans, il devint sans le savoir le père fondateur du mouvement romantique. Littéralement subjugué par les Védas et d'une façon générale par tous les textes sacrés de l'Inde primitive, Alphonse de Lamartine leur a consacré plusieurs "Entretiens" de son célèbre Cours familier de Littérature. Tout à sa quête métaphysique, il y présente et analyse leur philosophie et leur poésie mystique, s'enthousiasmant pour ces poèmes épiques qui résument selon lui le « monde tout entier ». « La clef de tout est aux Indes », affirme-t-il. Mais laissons-le nous décrire ses premières impressions : « Cette extase, disais-je, est comparable à celle que nous avons éprouvée quelquefois nous-même, en tombant par hasard sur une de ces pages mutilées des livres sacrés de l'Inde, où la pensée de l'homme s'élève si haut, parle si divinement, que cette pensée semble se confondre dans une sorte d'éther intellectuel avec le rayonnement et avec la parole même de Dieu, de ce Dieu qu'elle cherche, qu'elle atteint, qu'elle entrevoit enfin au fond de la nature et du ciel, en jetant un cri de voluptueuse joie et de délicieuse possession du souverain Être. Ces demi-pages sont si belles que, s'il y en avait beaucoup de cette nature, elles dégoûteraient l'homme qui les lit de vivre de la vie des sens ; elles suspendraient le battement du pouls dans ses artères, elles lui donneraient l'impatience de l'infini, la passion de mourir pour se trouver plus tôt dans ces régions indescriptibles où l'on entend de tels accents dans de telles ivresses, où l'intelligence bornée se précipite et se conjoint à l'intelligence infinie dans ce murmure extatique des lèvres, puis dans ce silence de l'amour qui est l'anéantissement de tout désir dans la possession de l'être infini, infiniment adoré et infiniment possédé. Les deux plus fortes impressions littéraires de ce genre furent produites en moi par la lecture de ces pages mystérieuses de l'Inde, vraisemblablement déchirées de quelques livres surhumains, et emportées par le vent des siècles du sommet de l'Himalaya jusqu'à nous. La première fois, j'étais seul dans une petite chambre haute et nue d'une maison de campagne inhabitée, où les maîtres en s'en allant avaient laissé quelques feuilles volantes de brochures et de journaux littéraires éparses et livrées aux rats sur le plancher. L'aurore se levait au loin sur une longue lisière de forêts monotones et sombres que j'apercevais en m'éveillant par ma fenêtre ouverte, à cause de la chaleur d'été. Les rayons presque horizontaux du soleil glissaient sur mon lit ; les hirondelles entraient avec eux, et battaient joyeusement les vitres de leurs ailes. Le vent frais du matin, en tourbillonnant doucement dans la tour, faisait bruire les feuilles de livres et de journaux sur les carreaux de brique comme des gazouillements d'idées qui se réveillent dans l'esprit. Ce bruit attira mon attention. Je n'ai jamais pu voir une page écrite sans éprouver la passion de la lire. Je ramassai quelques feuilles à demi rongées des traductions des hymnes indiens. Ces fragments étaient l'œuvre d'un de ces hommes qui consacrent toute leur existence et tout leur génie dans ce monde à regarder et à sonder d'autres mondes. Il se nomme le baron d'Eckstein, philosophe, poète, publiciste, orientaliste ; c'est un brahme d'Occident, méconnu des siens, vivant dans un siècle, pensant dans un autre. »


Lamartine et les Vedas (2ème partie) "Je lisais dans mon lit, le coude appuyé sur l'oreiller, dans cette voluptueuse nonchalance de corps et d'esprit d'un homme indifférent aux bruits d'une maison étrangère, qu'aucun souci n'attend au réveil, et qui peut user les heures de la matinée sans les compter sous le marteau de l'horloge lointaine qui les sonne aux laboureurs. Tout à coup je tombai sur un fragment de trente ou quarante lignes qui étincelèrent à mes yeux comme si ces lignes avaient été écrites, non avec le pinceau du poète trempé dans l'encre, mais avec la poussière de diamants et avec les couleurs de feu des rayons que le soleil levant étendait sur la page ; ce fragment était un éblouissement de l'âme mystique, appelant, cherchant, trouvant, embrassant son Dieu à travers l'intelligence, la vertu, le martyre et la mort, dans l'ineffable élan de la raison, de la poésie, de l'extase. L'accent était profond comme l'infini, les mots transparents comme l'éther limpide, les images parlantes et répercussives de l'objet comme le miroir des mers et des cieux, le sentiment jaillissant comme un flot de l'éternité, émanation de chaleur et de lumière qui s'échappe du soleil sans jamais tarir son foyer, une illumination de l'infini par les girandoles des astres sur l'autel de Dieu. Je lus, je relus, je relirais encore... Je jetai des cris, je fermai les yeux, je m'anéantis d'admiration dans mon silence. J'éprouvai un de ces instincts d'acte extérieur que l'homme sincère avec soi-même éprouve rarement quand il est seul, et que rien de théâtral ne se mêle à la candide simplicité de ses impressions. Je sentis comme si une main pesante m'avait précipité hors de mon lit par la force d'une impulsion physique. J'en descendis en sursaut, les pieds nus, le livre à la main, les genoux tremblants ; je sentis le besoin irréfléchi de lire cette page dans l'attitude de l'adoration et de la prière, comme si le livre eût été trop saint et trop beau pour être lu debout, assis ou couché ; je m'agenouillai devant la fenêtre au soleil levant, d'où jaillissait moins de splendeur que de la page ; je relus lentement et religieusement les lignes. Je ne pleurai pas, parce que j'ai les larmes rares à l'enthousiasme comme à la douleur, mais je remerciai Dieu à haute voix, en me relevant, d'appartenir à une race de créatures capables de concevoir de si claires notions de sa divinité, et de les exprimer dans une si divine expression. Si le poète inconnu qui avait écrit ces lignes quelques milliers d'années avant ma naissance, assistait, comme je n'en doute pas, du fond de sa béatitude glorieuse, à cette lecture et à cette impression de sa parole écrite, prolongée de si loin et de si haut à travers les âges, que ne devait-il pas penser en voyant ce jeune homme ignorant et inconnu dans une tourelle en ruine, au milieu des forêts de la Gaule, s'éveillant, s'agenouillant, et s'enivrant, à quatre mille ans de distance, de ce Verbe éternel et répercuté qui vit autant que l'âme, et qui d'un mot soulève les autres âmes de la terre au ciel ! Voilà la littérature du genre humain ! »
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Arbre de vie Arbre de vie, Hymne à la terre et aux plantes, Hommage à la vie et au printemps, Cycle perpétuel des saisons, Tu es l’arbre de l’initiation et la roue du temps qui tourne ! Arbre de vie, A travers toi la nature me confie ses secrets, Et le vent qui traverse ton feuillage, Me parle d’un royaume où vit l’Eternel. A tes pieds j’apprendrai la tolérance, Et en te contemplant je réaliserai ce qu’est la patience. Arbre de vie, Tu te nourris de la terre pour mieux t’élancer vers le ciel, Afin de montrer aussi à l’homme, Le chemin qui mène à la lumière. Arbre de vie, La joie qui jaillira du cœur Qui t’offrira cette prière, Sera aussi fraîche et sucrée Que les fruits qui poussent sur tes branches, Car ils contiennent en eux les germes de l’amour, Transmis par les mains expertes de ton créateur ! Dan Miguet
